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Les champs de bataille de la Première Guerre mondiale en Europe

Par La rédaction Destination EuropeRévisé le
100 ans depuis la première guerre mondiale : les champs de bataille d'Europe

Le 11 novembre 1918, l’armistice mettait fin aux combats de la Première Guerre mondiale. Cette guerre, que l’on voulait croire « la der des ders », avait ravagé l’Europe, fait des millions de morts et précipité la chute de plusieurs empires. Elle a montré à quel point la guerre industrielle était désastreuse pour les vainqueurs comme pour les vaincus. Les conflits ne se sont malheureusement pas arrêtés là, mais le monde a profondément changé depuis.

Plus d’un siècle plus tard, visiter les lieux de mémoire de la Grande Guerre reste une façon forte de réfléchir aux sacrifices et aux bouleversements de cette époque. Des champs du front occidental aux plages de Turquie, voici les principaux sites accessibles aux voyageurs.

La bataille de la Somme

Lancée le 1er juillet 1916 par les armées britannique et française dans le nord de la France, l’offensive de la Somme devait percer les lignes allemandes et hâter la fin de la guerre. Elle s’est transformée en l’une des batailles les plus meurtrières de l’histoire : jusqu’en novembre 1916, elle fit environ un million de victimes (tués, blessés et disparus) dans les deux camps. Le premier jour reste le plus sanglant de l’histoire de l’armée britannique.

Le mémorial de Thiepval dans la Somme

Les champs de bataille de la Somme sont parmi les plus faciles à visiter. Le mémorial de Thiepval est un bon point de départ : cette immense arche de brique et de pierre, conçue par l’architecte Edwin Lutyens, porte les noms de plus de 72 000 soldats britanniques et sud-africains disparus dans la Somme et sans sépulture connue. Tout près, la tour d’Ulster, réplique de la Helen’s Tower d’Irlande du Nord, rend hommage aux soldats de la 36e division d’Ulster, sur le terrain même qu’ils attaquèrent le premier jour.

À Albert, le musée Somme 1916, installé dans un ancien souterrain utilisé comme abri antiaérien, reconstitue la vie dans les tranchées. À la sortie de la ville, près de La Boisselle, le cratère de Lochnagar, creusé par l’explosion d’une mine britannique sous les lignes allemandes le premier jour de la bataille, mesure une centaine de mètres de diamètre pour une trentaine de mètres de profondeur. On peut en faire le tour.

Le cratère de Lochnagar près d’Albert

Le mémorial terre-neuvien de Beaumont-Hamel commémore les soldats de Terre-Neuve, alors dominion britannique distinct du Canada, presque anéantis dans les premières heures de la bataille. Ses tranchées, parmi les mieux conservées du front occidental, justifient la visite.

Les batailles d’Ypres

La ville d’Ypres (Ieper), en Belgique, fut le centre d’un saillant disputé pendant toute la guerre. Plusieurs grandes batailles s’y déroulèrent de 1914 à 1918, dont celle d’avril 1915, marquée par la première attaque massive au gaz. La troisième bataille d’Ypres, ou bataille de Passchendaele, de juillet à novembre 1917, fit plusieurs centaines de milliers de victimes : soldats britanniques, australiens, néo-zélandais, canadiens et allemands s’y battirent dans une boue effroyable pour quelques kilomètres de terrain.

Cimetière militaire dans les Flandres

Le Memorial Museum Passchendaele 1917, installé dans le château de Zonnebeke, est un bon point de départ, avec ses reconstitutions d’abris et de tranchées. À Ypres même, le musée In Flanders Fields, dans la halle aux draps médiévale reconstruite après la guerre, évoque la destruction de la région et doit son nom au célèbre poème du médecin canadien John McCrae. Aux environs, le cimetière de Tyne Cot est le plus grand cimetière militaire du Commonwealth au monde.

La porte de Menin, à l’entrée de la ville, porte les noms de près de 55 000 soldats du Commonwealth disparus dans le saillant d’Ypres. Chaque soir, depuis les années 1920 (avec une interruption pendant la Seconde Guerre mondiale), les clairons y sonnent le Last Post en hommage aux morts : une cérémonie très émouvante.

La porte de Menin à Ypres

La bataille de Verdun

Ce que la Somme représente pour les Britanniques, Verdun le représente pour les Français. De février à décembre 1916, ce fut l’une des batailles les plus longues et les plus meurtrières de la guerre. L’armée allemande voulait « saigner à blanc » l’armée française ; celle-ci tint bon, au prix de plus de 160 000 morts, et autant ou presque du côté allemand. Verdun est devenue le symbole du sacrifice des soldats français, mais aussi de la réconciliation franco-allemande.

Le fort de Douaumont près de Verdun

Le fort de Douaumont, le plus vaste des forts qui protégeaient Verdun, est une étape essentielle. Pris par les Allemands quatre jours seulement après le début de l’offensive, à la stupeur des Français, il fut repris en octobre 1916. On y parcourt galeries, casernements, postes de commandement et tourelles d’artillerie. Autour, le champ de bataille, couvert de forêt, est encore criblé de trous d’obus, et des villages détruits n’ont jamais été reconstruits.

Tout proche, l’ossuaire de Douaumont abrite les restes d’environ 130 000 soldats français et allemands non identifiés, devant une vaste nécropole nationale. Sa tour en forme d’obus, surmontée d’une lanterne des morts, domine le champ de bataille. Le Mémorial de Verdun, à Fleury-devant-Douaumont, présente l’expérience des combattants des deux camps à travers objets, témoignages et équipements.

L’ossuaire de Douaumont et sa nécropole

Gallipoli et les plages de l’ANZAC

Pour les Australiens et les Néo-Zélandais, aucune bataille n’a autant marqué les esprits que la campagne de Gallipoli. Le 25 avril 1915, les forces alliées, britanniques, françaises et de l’ANZAC (corps d’armée australien et néo-zélandais), débarquèrent sur la péninsule de Gallipoli, en Turquie, pour prendre le contrôle du détroit des Dardanelles et menacer Constantinople, capitale de l’Empire ottoman. Mal préparée, l’opération tourna au désastre et les Alliés se retirèrent au début de 1916, après de très lourdes pertes dans les deux camps.

Le paysage, au bord de la mer Égée, est magnifique. La zone est aujourd’hui un parc historique qui compte de nombreux cimetières alliés et turcs. Un centre d’interprétation, près de Kabatepe, présente le déroulement de la campagne avant la visite des sites. Anzac Cove, où débarquèrent les soldats australiens et néo-zélandais, en est le lieu le plus symbolique.

À proximité, le site commémoratif de North Beach raconte l’histoire du débarquement, et les cimetières d’Ari Burnu et de Canterbury accueillent des soldats australiens et néo-zélandais. Le mémorial de Lone Pine rappelle les combats d’août 1915, au cours desquels les Australiens s’emparèrent de tranchées ottomanes au prix de pertes terribles. Pour organiser un voyage dans la région, voir Après Istanbul, où aller en Turquie ?

Cimetière militaire au bord de la mer à Gallipoli

Autres champs de bataille

La guerre ne s’est pas limitée au front occidental et aux Dardanelles, mais les sites de la Somme, d’Ypres, de Verdun et de Gallipoli sont parmi les mieux conservés et les plus accessibles. D’autres lieux méritent le détour.

En Slovénie, à Kobarid (Caporetto en italien), un musée et un ossuaire italien rappellent les combats du front de l’Isonzo et la défaite italienne de 1917 face aux armées austro-allemandes. Sur l’ancien front de l’Est, les traces sont plus rares : le grand mémorial allemand de la bataille de Tannenberg, remportée par l’Allemagne contre la Russie en 1914 dans l’actuelle Pologne, a été dynamité par l’armée allemande en retraite en 1945, puis ses ruines démolies.

Monument commémoratif de la Première Guerre mondiale

Les champs du nord et de l’est de la France, les Flandres et la péninsule de Gallipoli restent les meilleurs endroits pour comprendre la Grande Guerre. Ces lieux de mort et de destruction sont aussi des appels à tirer les leçons du passé. Ils offrent aux voyageurs bien plus qu’une visite historique : une autre manière de regarder le monde.